Mise en œuvre d'un joint de dilatation vertical (polystyrène) entre le mur de la maison existante et le nouveau mur de l'extension pour éviter les fissures

Chaînage d’une extension 3 murs : Conception, Solidarisation et Joint de dilatation

Agrandir sa maison en construisant une extension est un projet courant, souvent réalisé sous la forme d’un ouvrage à 3 murs venant se « coller » contre la façade existante pour créer un garage, une chambre ou un salon supplémentaire. Si l’élévation des murs semble être une opération de maçonnerie classique, la conception du squelette en béton armé, appelé chaînage, est une étape critique qui ne tolère aucune improvisation. Une question structurelle majeure divise souvent les auto-constructeurs et même certains professionnels du bâtiment : faut-il « accrocher » chimiquement et mécaniquement la nouvelle extension à la vieille maison pour former un tout monolithique, ou faut-il au contraire les séparer totalement ? La réponse, dictée par la mécanique des sols et la gestion des tassements différentiels, est sans appel. Réussir le chaînage d’une extension 3 murs, c’est comprendre que l’on construit une structure autonome et autostable, et non une verrue rigide greffée sur l’existant.

Les infos à retenir

  • 🧱 Le principe d’indépendance : Une extension neuve va inévitablement se tasser dans le sol durant les premières années. La maison existante, elle, est stable. Une liaison rigide entraînerait une rupture structurelle.
  • 📐 La structure en boucle fermée : Le chaînage horizontal de l’extension ne doit pas rester un « U » ouvert. Il doit former une boucle fermée (un « O ») en revenant le long du mur existant via une poutre ou un chaînage indépendant.
  • 🚧 Le joint de dilatation : Il est impératif de ménager un joint de dilatation vertical (vide de 2 à 4 cm comblé par un matériau résilient) entre l’ancien et le nouveau bâtiment pour absorber les mouvements.
  • 🔗 L’interdiction formelle : Ne plantez jamais de fers à béton par scellement chimique dans le mur de la maison pour y reprendre le chaînage de l’extension. C’est la cause numéro un des fissures de façade en diagonale.

Pourquoi la solidarisation rigide est une erreur structurelle majeure

L’intuition première du maçon débutant est de penser que pour assurer la solidité de l’ouvrage, il faut lier l’extension à la maison mère le plus fermement possible. Cette logique, valable pour un meuble, est catastrophique en maçonnerie traditionnelle sur sol meuble.

Le phénomène du tassement différentiel

Il faut comprendre que les fondations de la maison existante ont trouvé leur assise depuis des décennies ; elles ne bougent plus, le sol sous elles est compacté et stable. À l’inverse, les fondations de l’extension sont neuves. Sous le poids des tonnes de béton, de parpaings et de toiture de la nouvelle construction, le sol va subir un phénomène de compression naturelle appelé le « tassement différentiel ». Ce mouvement, bien que minime (quelques millimètres à centimètres), est suffisant pour générer des forces colossales que le béton non armé pour la flexion ne peut supporter.

Les conséquences physiques : Cisaillement et fissures

Si vous avez eu le malheur de lier rigidement les chaînages des deux bâtiments (en perçant la façade pour y sceller des fers à béton), vous créez un conflit de forces. L’extension va chercher à descendre sous l’effet de son poids et du tassement du sol, tandis que l’ancrage dans la maison va tenter de la retenir en hauteur. Ce bras de fer engendre des tensions de cisaillement vertical. Le résultat est physique et inévitable : le mur le plus faible, souvent celui de l’extension ou la jonction elle-même, va se fissurer brutalement. Cette fissure apparaît généralement en diagonale partant de l’ancrage, signe caractéristique d’un effort de traction. Dans les cas les plus graves, c’est un morceau de la façade de la maison existante qui peut être arraché, compromettant l’étanchéité et l’esthétique du bâtiment principal.

Concevoir l’extension comme une boîte autonome : La règle des 4 côtés

La solution technique pour éviter ce désastre est la désolidarisation totale. L’extension doit être conçue comme un bâtiment « autostable », capable de tenir debout tout seul même si l’on venait à retirer la maison contre laquelle il est posé.

Fermer la ceinture : Du « U » vers le « O »

Cela implique une conception spécifique du chaînage horizontal. Une structure en « U » (trois murs) est mécaniquement instable : les murs latéraux pourraient avoir tendance à s’écarter ou à s’ouvrir sous la poussée de la charpente (les arbalétriers poussent les murs vers l’extérieur). Pour garantir la rigidité, le chaînage horizontal (la ceinture haute en béton armé) doit impérativement être fermé. Concrètement, une fois les trois nouveaux murs montés, vous ne devez pas laisser le chaînage s’arrêter net contre le mur existant.

La poutre de fermeture

Vous devez couler une poutre en béton armé ou poser des blocs de chaînage qui longent le mur de la maison existante pour relier les deux extrémités du « U ». Cette poutre de fermeture permet de boucler la ceinture de béton, transformant le plan de ferraillage en un rectangle indéformable (un « O » fermé) plutôt qu’un « U » ouvert. Cette poutre sera parallèle au mur de la maison, mais séparée de celui-ci par le fameux joint de dilatation.

Plan technique de ferraillage montrant la continuité du chaînage horizontal sur une extension en forme de U (3 murs) sans ancrage rigide dans l'existant

La mise en œuvre technique des poteaux d’angle et du joint de dilatation

Aux deux points de jonction entre la nouvelle construction et la maison, la réalisation des chaînages verticaux (poteaux raidisseurs) demande une attention particulière. C’est à cet endroit précis que se joue l’indépendance des deux structures.

L’interposition d’un isolant de désolidarisation

On ne coule jamais le béton du nouveau poteau directement au contact du crépi ou de la brique de la maison existante, car l’adhérence empêcherait le glissement nécessaire lors du tassement. La méthode correcte consiste à interposer un matériau de désolidarisation imputrescible avant le coulage. On place généralement une plaque de polystyrène expansé ou un joint de dilatation spécifique (bande résiliente) d’une épaisseur de 20 à 40 millimètres contre le mur existant.

Le montage des poteaux raidisseurs indépendants

Le coffrage ou les blocs d’angle de l’extension sont ensuite montés contre cet isolant. Le ferraillage vertical (souvent un squelette type 4HA10 ou des attentes de semelles) est inséré dans ces blocs, relié aux fondations et au chaînage haut, mais sans aucune connexion avec le mur ancien. Ce poteau d’angle devient ainsi le pilier porteur autonome de l’extension, libre de glisser verticalement de quelques millimètres sans entraîner la maison dans sa chute.

L’avis de l’expert : Ingénieur Béton Structure

« Il existe une seule et unique exception théorique où l’on pourrait envisager de solidariser une extension : c’est le cas d’une reprise en sous-œuvre complète des fondations existantes pour créer un radier général monolithique sur un sol rocheux incompressible. Mais soyons réalistes, c’est une opération d’une complexité et d’un coût disproportionnés pour une simple extension de maison individuelle. Dans 99% des chantiers résidentiels, la règle du joint de dilatation est absolue et non négociable. L’étanchéité à l’air et à l’eau entre les deux bâtiments se gérera ensuite par des couvre-joints souples en façade et des solins à bavette en toiture, conçus pour accepter ces micro-mouvements. »

Continuité des fondations et support de toiture

Cette logique d’autonomie structurelle ne s’arrête pas aux murs, elle doit s’appliquer de la base au sommet de l’édifice pour garantir une cohérence globale.

Fermer le cadre au niveau des fondations

Au niveau du sol, il est également recommandé de « fermer le cadre ». Au lieu de couler une semelle filante en « U » sous les trois murs, il est préférable de réaliser une longrine de redressement (une poutre en béton armé au sol) qui relie les deux extrémités des fondations, parallèlement au mur de la maison. Cela empêche l’écartement des « jambes » de l’extension au niveau du sol (effet grand écart) et assure une répartition homogène des charges sur le sol d’assise.

Appuis de charpente glissants

De même pour la toiture, les pannes (poutres de charpente) ne doivent pas être scellées rigidement dans le mur de la maison existante. Si elles le sont, le moindre tassement de l’extension fera levier et éclatera la maçonnerie autour des ancrages. Les pannes doivent reposer soit sur les nouveaux murs de l’extension (fermes sur blochets), soit sur une muralière (poutre bois boulonnée au mur existant) avec des trous oblongs verticaux permettant un léger glissement, ou idéalement sur des poteaux bois indépendants le long du mur existant.


Foire Aux Questions (FAQ)

🌧️ Comment assurer l’étanchéité du joint de dilatation en façade ?

L’espace vide de 2 à 4 cm entre les deux murs ne doit pas devenir un nid à humidité ou à insectes. Côté intérieur, on insère un fond de joint en mousse (boudin) avant d’appliquer un mastic élastomère polyuréthane de haute qualité ou de poser un couvre-joint plat à peindre. Côté extérieur, exposé aux intempéries, la solution la plus durable est le profilé couvre-joint en aluminium ou PVC à clips ou à soufflet. Ces profilés sont spécialement conçus pour se dilater et se comprimer tout en restant parfaitement étanches à la pluie battante.

🧱 Peut-on utiliser des systèmes de liaison glissante ?

Oui, il existe sur le marché des systèmes d’attaches murales (crampons avec fourreaux) ou des briques à glissement qui permettent de guider le mur neuf contre le vieux mur. Ces dispositifs autorisent le mouvement vertical (tassement) tout en bloquant le mouvement transversal (écartement). C’est une solution technique intermédiaire intéressante pour les murs de grande hauteur, mais qui ne dispense pas de la création du joint de dilatation et qui demande une mise en œuvre très précise pour ne pas bloquer le système.

🏠 Faut-il faire une reprise de fondation sous la maison existante ?

Non, c’est généralement inutile et même dangereux si c’est mal maîtrisé par un amateur. On évite de terrasser trop près ou plus bas que les fondations existantes pour ne pas les déchausser (phénomène de décompression du sol). La fondation de l’extension doit être réalisée à la même profondeur que celle de la maison existante, ou en escalier si nécessaire, mais en respectant une distance de sécurité ou en utilisant une technique de fondation déportée pour ne pas perturber le bulbe de compression de la maison mère.

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