La location saisonnière n’est plus un simple “complément de revenu” pour propriétaires inspirés. Elle est devenue, en une décennie, un segment à part entière du tourisme et de l’immobilier, avec ses gagnants, ses perdants, ses batailles réglementaires et sa logique industrielle. À l’horizon 2036, une tendance s’impose déjà : le marché ne disparaîtra pas, mais il va se transformer sous l’effet d’un double mouvement. D’un côté, une demande touristique qui reste puissante, portée par des arbitrages budgétaires et des usages qui se banalisent. De l’autre, une reprise en main politique, fiscale et statistique des meublés de tourisme, au nom du logement, de la vie locale et de la transparence.
Le marché en chiffres : une industrie qui pèse lourd
Le tourisme, d’abord, donne le tempo. En 2025, la France a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux et enregistré 77,5 milliards d’euros de recettes internationales, avec 743 millions de nuitées en hébergement marchand et non marchand. (entreprises.gouv.fr) Cette masse critique est le carburant de la location courte durée : sans flux, pas de remplissage, sans remplissage, pas de rentabilité.
À l’échelle mondiale, la dynamique reste solide : l’UN Tourism indique qu’en 2025, les arrivées touristiques internationales ont atteint environ 1,52 milliard, un record selon l’organisation. (untourism.int)
Côté plateformes, Airbnb a franchi un cap : l’entreprise annonce plus de 491 millions de “Nights and Experiences Booked” en 2024. (news.airbnb.com) Et la France est, de longue date, l’un des marchés les plus denses. Des données relayées par la presse indiquent qu’Airbnb serait présent dans une grande majorité de communes. (leparisien.fr)
Enfin, la location saisonnière n’est plus marginale dans l’offre. AirDNA estimait, au printemps 2025, une offre disponible autour de 937 000 logements en France sur ce segment, avec des volumes de nuitées élevés sur certaines périodes. (airdna.co) Même si les méthodologies varient, l’ordre de grandeur est parlant : c’est un marché de masse, donc un marché scruté.
La décennie de la régulation : la fin de l’âge “informel”
Le fait majeur des dix prochaines années, c’est l’alignement progressif des règles. Trois couches se superposent.
1) La loi française se muscle. La loi du 19 novembre 2024 (souvent associée au nom “Le Meur”) renforce les outils locaux de régulation. (legifrance.gouv.fr) Les communes peuvent mieux encadrer, contrôler et sanctionner. Dans le même mouvement, la capacité à réduire la durée maximale de location d’une résidence principale à 90 jours par an, au lieu de 120, est devenue un levier politique récurrent. (formation.lefebvre-dalloz.fr)
2) L’Europe impose la transparence. Le règlement (UE) 2024/1028 vise à rendre la collecte et le partage de données plus fiables sur les locations de courte durée, avec une entrée en application en mai 2026, et une standardisation des systèmes d’enregistrement et des transmissions. (eur-lex.europa.eu) Concrètement : davantage de traçabilité, moins de zones grises.
3) La fiscalité devient moins “automatique”. Pour les meublés de tourisme non classés, le micro-BIC a été nettement durci à partir des revenus 2025 : seuil ramené à 15 000 euros, avec un abattement de 30 % (contre des conditions bien plus avantageuses auparavant). (impots.gouv.fr) La conséquence est mécanique : plus d’hôtes basculent vers une gestion comptable plus rigoureuse (régime réel, arbitrages, justification des charges), et le “petit Airbnb” sans pilotage peut perdre de son intérêt net.

Tourisme : la demande ne s’effondre pas, elle se déplace
Les dix prochaines années ne se résument pas au volume global, mais à la géographie et au calendrier de la demande.
- La France reste une machine touristique, avec une clientèle internationale en hausse en 2025 et une progression des nuitées. (presse.economie.gouv.fr)
- L’arrière-saison devient un terrain de compétition. Certaines analyses montrent une arrière-saison 2025 moins favorable que 2024, ce qui rappelle une réalité : le marché n’est pas un long fleuve tranquille, et les marges se font aussi sur la capacité à lisser l’année. (adn-tourisme.fr)
- Le “mix” d’hébergement se recompose. Le camping, par exemple, continue de monter en gamme et d’attirer, avec des records de nuitées en 2025 selon la presse. (lemonde.fr) Cela compte pour la location saisonnière : plus la concurrence se professionnalise, plus il faut se différencier.
En clair : la demande restera forte, mais elle sera plus sensible au prix, à l’expérience, et au confort (thermique, acoustique, équipements). Les logements “moyens” risquent davantage de se retrouver dans le ventre mou.
Immobilier : un marché qui se réajuste, sans se détendre partout
Les projections à dix ans doivent intégrer un fait : l’immobilier ne bouge pas à l’unisson. En 2025, les prix des logements anciens ont cessé de reculer et ont repris une trajectoire légèrement positive sur un an, selon l’indice Notaires-Insee. (insee.fr) Et le financement, sans redevenir “gratuit”, s’est stabilisé : la Banque de France indiquait un taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat autour de 3,08 % en décembre 2025, en baisse notable par rapport au pic de janvier 2024. (banque-france.fr)
Pour la location saisonnière, ce point est décisif : quand les taux montent, la rentabilité doit compenser un coût du capital plus lourd. Quand ils se stabilisent, le marché se rouvre, mais la concurrence aussi.
La tension restera particulièrement vive dans les zones touristiques très désirées (littoraux, hypercentres, stations) : même si la France, globalement, se “détend” démographiquement, ces micro-marchés restent rares par nature.
Démographie : la natalité baisse, mais cela ne “libère” pas automatiquement des logements
La question mérite d’être traitée sans raccourcis. Oui, la France connaît un tournant démographique. En 2025, l’Insee indique 645 000 naissances et un indicateur conjoncturel de fécondité à 1,56 enfant par femme, en baisse continue depuis 2010. (insee.fr)
Est-ce que cela rendra les maisons plus accessibles ? Potentiellement, mais de manière inégale et lente.
- À l’échelle nationale, une natalité plus faible et un vieillissement accéléré peuvent réduire la pression de la demande à long terme.
- À l’échelle locale, la demande peut rester très forte là où se concentrent emplois, services, littoral et attractivité.
- Et surtout, une part du parc est “sortie” du marché résidentiel via résidences secondaires et locations touristiques. La baisse de la natalité ne fait pas mécaniquement revenir ces logements vers la résidence principale. Le conflit d’usage, lui, peut même s’intensifier : habitants permanents contre économie touristique.
Le résultat probable : plus d’accessibilité dans certaines villes moyennes et zones rurales, mais une pression persistante dans les destinations où la location saisonnière est la plus lucrative.
Les conflits qui vont monter : logement, voisinage, environnement, données
Dans la décennie à venir, quatre lignes de fracture devraient se durcir.
- Logement des actifs vs hébergement touristique. Les municipalités, surtout en zones tendues, continueront de renforcer quotas, enregistrements, contrôles, et parfois des secteurs réservés à la résidence principale. (ecologie.gouv.fr)
- Copropriétés et voisinage. Les contentieux liés au bruit, aux allées et venues, au sentiment “d’hôtelisation” des immeubles vont pousser à des règles internes plus strictes, et à une sélection plus forte des biens compatibles.
- Environnement et ressources. Dans certaines zones, la gestion de l’eau, la climatisation, la pression sur les mobilités et les déchets deviennent des sujets politiques. Pour les propriétaires, cela se traduira par des exigences de sobriété et des coûts d’adaptation.
- Guerre des données. Avec les obligations européennes, l’ère du flou statistique se réduit. Les plateformes et les hôtes devront vivre avec une traçabilité accrue. (eur-lex.europa.eu)
Rentabilité : oui, mais pas pour tout le monde
La question “est-ce que ce sera encore rentable” appelle une réponse nuancée : la rentabilité moyenne va probablement baisser, mais la rentabilité des projets bien gérés peut rester élevée.
Pourquoi ? Parce que la régulation et la fiscalité créent une forme de sélection naturelle. Les acteurs amateurs, mal équipés, vont être davantage pénalisés. Les acteurs structurés, eux, vont gagner en part de marché.
C’est ici que la technologie devient un avantage concurrentiel, pas un gadget. Un logiciel gestion location saisonnière permet de standardiser ménage, maintenance, messages voyageurs, et surtout de piloter les marges au séjour. Et quand l’activité se répartit sur plusieurs plateformes, savoir synchroniser booking et airbnb n’est plus une option : c’est un pare-feu contre la double réservation, un moyen d’ajuster les tarifs, et un levier de distribution quand une plateforme ralentit.
Autre facteur de rentabilité : la capacité à étendre la saison. Le logement “été seulement” sera plus vulnérable que le logement qui vend aussi l’automne, l’hiver (week-ends), ou le moyen terme (mobilité professionnelle).
Comment développer son projet dès maintenant : 7 décisions qui comptent
- Choisir la zone avec une logique “12 mois”, pas “8 semaines”. Cherchez des moteurs hors été : ville culturelle, thermalisme, événements, entreprises, universités, nature quatre saisons.
- Acheter un bien “réglementairement compatible”. Avant de signer : règles communales, enregistrement, copropriété, possibilité de changement d’usage si nécessaire, et trajectoire énergétique. (ecologie.gouv.fr)
- Concevoir le logement pour l’usage intensif. Revêtements robustes, literie irréprochable, entretien facile, stockage technique, procédures.
- Travailler la promesse, pas seulement la déco. Silence, fraîcheur, arrivée fluide, espace extérieur, stationnement : ce sont des “arguments de réservation” plus que des objets.
- Bâtir une stratégie fiscale et comptable réaliste. Les nouveaux seuils micro-BIC rendent la question centrale. (impots.gouv.fr)
- Professionnaliser la commercialisation. Calendrier dynamique, photos, segmentation (familles, couples, télétravail), politique de séjour minimum selon saison.
- Sécuriser l’exploitation. Contrats de ménage, réseau de dépannage, stock sur place, et pilotage par indicateurs (taux d’occupation, ADR, coût par rotation, taux d’incident).
Conclusion : un marché qui ne meurt pas, un marché qui se durcit
Dans dix ans, la location saisonnière ressemblera moins à une opportunité “facile” et plus à une activité cadrée, mesurée, assumée. La demande touristique, elle, ne donne pas de signe d’effondrement, en France comme dans le monde. (presse.economie.gouv.fr) La vraie question sera : qui aura le droit de louer, dans quelles conditions, et avec quel niveau de professionnalisme.
La rentabilité restera possible, mais elle se déplacera vers les projets qui cumulent trois qualités : conformité, différenciation et maîtrise opérationnelle. Autrement dit : moins de pari, plus de méthode.







