Lors de l’installation ou de la rénovation d’un système de ventilation mécanique contrôlée (VMC), une étape s’avère souvent périlleuse pour le bricoleur : la création de la sortie en toiture. Monter sur le toit, retirer des tuiles et assurer l’étanchéité d’un chapeau de ventilation fait peur. La tentation est alors immense de choisir la solution de facilité : laisser le tuyau d’évacuation cracher l’air vicié directement dans l’espace vide des combles perdus. Après tout, se dit-on, les combles sont ventilés naturellement, l’air finira bien par sortir. C’est une erreur technique gravissime. À la question « peut-on rejeter la VMC dans les combles », la réponse des professionnels et des assureurs est un NON absolu. Cette pratique transforme votre toiture en éponge et menace l’intégrité structurelle de votre maison à court terme.
Les infos à retenir
- 💦 Le volume d’eau : L’air extrait de la salle de bain et de la cuisine est saturé d’humidité. Rejeter la VMC dans les combles équivaut à y verser plusieurs litres d’eau par jour sous forme de vapeur.
- 🍄 Le risque sanitaire : L’humidité stagnante favorise le développement rapide de moisissures sur la charpente et l’isolant, créant un air malsain qui peut redescendre dans la maison.
- ❄️ La perte d’isolation : Si vous avez de la laine de verre au sol, elle va se gorger d’eau par condensation. Une laine humide perd ses capacités isolantes (R) et se tasse définitivement.
- 📜 Norme et Assurance : Le DTU 68.3 impose le rejet à l’extérieur. En cas de pourrissement de la charpente, l’assurance habitation refusera de vous indemniser pour « malfaçon ».
Le choc thermique et le point de rosée
Pour comprendre la catastrophe annoncée, il faut faire un peu de physique. Votre VMC extrait de l’air intérieur chauffé (20°C) et chargé d’humidité (douches, respiration, cuisson). En hiver, vos combles sont un espace froid, souvent proche de 0°C si l’isolation est au sol.
Lorsque cet air chaud et humide sort du tuyau et rencontre l’air glacial des combles, il se produit un choc thermique immédiat. L’air refroidit brutalement et ne peut plus contenir sa vapeur d’eau. C’est le phénomène de condensation (point de rosée).
La vapeur se transforme en eau liquide. Cette eau va ruisseler sur les poutres de la charpente, imbiber l’isolant (laine de verre, ouate) et tacher le plafond en plâtre des pièces du dessous. C’est exactement le même principe que la buée sur un miroir, mais à l’échelle industrielle et en continu, 24h/24.
Les conséquences destructrices sur le bâtiment
Les dégâts ne sont pas immédiats, ce qui est traître. Ils apparaissent souvent après le premier hiver complet.
- Pourrissement de la charpente : Le bois de charpente doit rester sec (moins de 20% d’humidité). S’il est humidifié en permanence, les champignons lignivores (mérule, coniophore) se développent et attaquent la structure. Le bois devient mou et perd sa résistance mécanique.
- Destruction de l’isolant : La laine de verre mouillée perd son volume et son pouvoir isolant. Vous allez chauffer davantage pour compenser, tout en ayant de l’humidité au plafond.
- Dégâts des eaux : Si la condensation est forte, des auréoles marron vont apparaître sur vos plafonds peints, comme s’il y avait une fuite de toiture.

Les seules solutions conformes : Tuile à douille ou Sortie pignon
Il n’y a pas d’alternative : l’air vicié doit être expulsé à l’extérieur de l’enveloppe du bâtiment. Vous avez deux options techniques validées par les DTU.
1. La sortie en toiture (La plus courante)
C’est la méthode standard. Il faut remplacer une tuile existante par une tuile à douille (une tuile avec un trou et un manchon) compatible avec votre modèle de couverture (terre cuite, ardoise, béton). Sur cette tuile, on fixe un « chapeau de toiture » ou « lanterne » qui empêche la pluie d’entrer. Le gaine de la VMC vient se connecter par-dessous de manière étanche.
Coût matériel : Entre 30 et 80 € selon le modèle de tuile.
2. La sortie en pignon (La plus simple en rénovation)
Si vous ne voulez pas toucher au toit, vous pouvez percer le mur pignon (le mur triangulaire sur le côté des combles). Il faut faire un carottage du diamètre de la gaine (souvent 160mm pour le rejet) et installer une grille de façade à volets mobiles (qui s’ouvrent quand la VMC souffle et se ferment pour éviter que les oiseaux ou le vent n’entrent). C’est souvent plus accessible et moins risqué en termes d’étanchéité à l’eau.
L’avis de l’expert : Diagnostiqueur Immobilier
« Lors des audits énergétiques, je monte souvent dans les combles. Je repère immédiatement les maisons où la VMC rejette dedans : ça sent le moisi, la laine de verre est noire ou tassée autour du tuyau, et les voliges (planches sous tuiles) sont piquées de champignons blancs. C’est un point de non-conformité majeur que je signale systématiquement. Pour économiser 50 euros de tuile à douille, les propriétaires causent des milliers d’euros de dégâts sur leur charpente. »
Cas particulier : Les chatières de ventilation suffisent-elles ?
Certains bricoleurs pensent que s’ils placent la gaine VMC juste sous une tuile chatière (petite ouverture de ventilation), cela suffira. C’est faux. Le débit d’une VMC (100 à 300 m³/h) est bien trop puissant pour être évacué par une simple chatière passive. L’air va « rebondir » sur la tuile et saturer les combles. Le raccordement doit être étanche jusqu’à l’extérieur.
Foire Aux Questions (FAQ)
❄️ Faut-il isoler le tuyau de rejet ?
Oui, c’est fortement recommandé (gaine calorifugée). Si la gaine de rejet est simple (plastique fin) et passe dans les combles froids, la vapeur chaude à l’intérieur va condenser contre la paroi froide de la gaine avant même de sortir. Cette eau va couler en arrière vers le moteur VMC et le griller. Isolez la gaine pour garder l’air chaud jusqu’à la sortie.
🏠 Peut-on brancher la VMC sur un conduit de cheminée inutilisé ?
Oui, c’est autorisé si le conduit est ramoné, étanche et dédié uniquement à la ventilation (pas de chaudière branchée dessus !). C’est une excellente solution en rénovation pour éviter de percer le toit ou le mur.
🌧️ L’eau coule de ma bouche VMC dans la salle de bain, pourquoi ?
C’est souvent dû à un défaut d’isolation de la gaine dans les combles (voir point 1) ou à une « poche d’eau » (le tuyau fait un creux). La condensation s’accumule dans le creux et finit par déborder ou couler par la bouche. Tendez les gaines et isolez-les.







