Mur porteur en béton avec des traces de saignées électriques rebouchées, illustrant une pratique à risque.

Saignée dans un mur porteur en copropriété : est-ce autorisé ?

Vous rénovez votre appartement et vous souhaitez encastrer vos gaines électriques ou vos tuyaux de plomberie dans un mur porteur (béton, brique pleine). Attention danger ! En copropriété, les murs porteurs sont des parties communes. Y toucher, même pour une simple saignée, est strictement réglementé et souvent interdit sans autorisation préalable.

Les infos à retenir

  • 🏢 Mur porteur = Partie Commune. Même situé à l’intérieur de votre appartement, un mur porteur appartient à la copropriété car il soutient l’immeuble. Vous n’avez pas le droit d’y toucher sans accord.
  • Interdiction des saignées horizontales : Les normes (DTU 21) interdisent formellement les saignées horizontales ou obliques longues dans les murs porteurs en béton, car elles sectionnent les ferraillages et fragilisent la structure.
  • ⚠️ Autorisation AG obligatoire : Pour toute intervention impactant la structure (y compris une saignée profonde), vous devez obtenir l’accord de l’Assemblée Générale des copropriétaires, souvent sur avis d’un architecte ou ingénieur béton.
  • 👍 L’alternative : le doublage. Pour passer des gaines sans risque et sans demande, la seule solution est de créer une cloison de doublage (Placo sur rails) devant le mur porteur.

Pourquoi une saignée est-elle dangereuse pour l’immeuble ?

Un mur porteur travaille en compression. Dans un mur en béton armé, la résistance est assurée par les armatures métalliques (ferraillage). Une saignée, même de 3 cm de profondeur, risque de sectionner ces aciers, qui sont souvent proches de la surface. Couper les fers affaiblit le mur, qui peut fissurer ou flamber. Dans un mur en maçonnerie (brique, parpaing), une saignée horizontale crée une ligne de rupture, comme une prédécoupe sur du verre. C’est pour cela que le DTU (Document Technique Unifié) interdit les saignées horizontales sur les murs porteurs de faible épaisseur (voiles béton). Dans certains cas, cela peut même entraîner un conflit avec la copropriété.

Les risques juridiques en copropriété

Si vous faites une saignée sauvage :
1. L’atteinte aux parties communes : Vous touchez à la structure de l’immeuble sans autorisation. Le syndic peut exiger la remise en état (rebouchage structurel coûteux par une entreprise spécialisée) à vos frais.
2. La responsabilité en cas de désordre : Si des fissures apparaissent chez le voisin ou en façade 5 ans plus tard, l’expert de l’assurance verra vos saignées. Vous serez tenu seul responsable des dommages à l’immeuble. Votre assurance ne vous couvrira pas car vous n’avez pas respecté les règles.

Les (rares) tolérances techniques

Les saignées verticales sont techniquement tolérées sous certaines conditions très strictes (faible profondeur, espacement, pas de croisement), mais elles restent soumises à l’autorisation de la copropriété car elles touchent au gros œuvre.
Ne jamais faire de saignée horizontale sur plus de quelques centimètres.

L’avis de l’ingénieur structure

« Je vois des rénovations sauvages effrayantes. Des gens qui font des saignées de 2 mètres de long à l’horizontale dans un voile béton de 16 cm pour passer une évacuation de 40 mm. C’est criminel. Ils coupent tous les treillis soudés. L’immeuble ne va pas s’effondrer demain, mais il perd sa rigidité. En copro, la règle est simple : sur un porteur, on ne creuse pas. On double. Vous perdez 5 cm de surface avec un Placo, mais vous dormez tranquille. »


Le doublage, la seule solution saine

Ne prenez pas le risque de fragiliser votre immeuble et d’entrer en conflit avec la copropriété pour cacher trois fils. La solution professionnelle est de réaliser un doublage (contre-cloison) en plaques de plâtre sur ossature métallique devant le mur porteur. Cela permet de passer toute l’électricité et la plomberie dans le vide technique, d’ajouter de l’isolation phonique/thermique, et de laisser la structure du bâtiment intacte.


Foire Aux Questions (FAQ)

🔌 Peut-on encastrer juste une prise (boîtier) ?

Faire un trou ponctuel à la scie cloche pour un boîtier d’encastrement est généralement toléré (tolérance technique), à condition de ne pas couper d’aciers majeurs. Mais stricto sensu, cela touche aux parties communes. Il est plus prudent d’utiliser des prises en saillie ou de doubler le mur.

🧱 Et dans une cloison en brique plâtrière ?

Si c’est une simple cloison de distribution (non porteuse) qui vous appartient (privatif), vous faites ce que vous voulez, dans le respect des règles de l’art (pas de saignée oblique).

👮 Le syndic peut-il venir vérifier chez moi ?

En principe non, le domicile est inviolable. Mais s’il y a des soupçons de travaux touchant à la structure (bruit de marteau-piqueur sur porteur, fissures chez les voisins), il peut mandater un architecte ou saisir le tribunal pour obtenir un accès et faire cesser les travaux.

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