Une réquisition d’instrumenter est la demande écrite par laquelle une partie, le plus souvent le vendeur, charge le notaire de rédiger un acte, généralement une vente, ce qui permet de passer directement à l’acte authentique sans compromis préalable. Signée par le seul vendeur, elle ne vous engage pas à vendre, mais signée par les deux parties avec la désignation du bien et du prix, elle peut consacrer l’accord sur la chose et sur le prix et engager comme un compromis. Le notaire est un officier ministériel qui doit en principe répondre à la demande, sauf cas limités. Cette formule convient aux ventes simples, sans prêt ni condition suspensive, à condition d’avoir réuni tous les documents. Avant de signer, demandez au notaire ce que le document engage précisément dans votre cas.
Infos à retenir
- 📜 Un mandat officiel confié au notaire : ce document déclenche la constitution du dossier d’usage et la rédaction directe de l’acte authentique.
- ⚡ Une vente accélérée sans avant-contrat : elle évite les délais intermédiaires du compromis pour les transactions simples payées comptant.
- ✍️ L’impact juridique selon le nombre de signataires : unilatérale, elle n’engage personne ; bilatérale, elle peut sceller définitivement la transaction.
- 🛡️ Le délai de rétractation SRU reste intangible : l’acquéreur non professionnel conserve ses dix jours de réflexion légale avant le transfert de propriété.
Signature unilatérale ou bilatérale : quel est le degré d’engagement juridique réel ?
Dans la pratique des études notariales, la portée contraignante de ce document dépend du nombre de consentements formalisés sur le papier :
Lorsque le vendeur signe seul la réquisition, il donne simplement l’ordre à son notaire d’instruire le dossier de vente, de purger les pièces d’urbanisme et de préparer le projet d’acte. Tant que l’acheteur n’y a pas apposé son paraphe, le vendeur reste libre de renoncer ou d’accepter une autre offre, car aucune promesse réciproque n’est nouée. En revanche, si l’acheteur et le vendeur signent conjointement la réquisition en y mentionnant l’adresse précise du logement et le prix convenu, la jurisprudence considère souvent que « la vente est parfaite » au sens de l’article 1583 du Code civil. L’une des parties ne peut alors plus se désister unilatéralement sans s’exposer à des poursuites judiciaires en exécution forcée ou au versement de dommages et intérêts.
L’éclairage d’un notaire en droit immobilier
« Beaucoup de clients signent une réquisition en pensant qu’il s’agit d’une simple fiche de renseignements sans conséquence. Si les deux parties signent avec le prix, cela vaut vente. Si vous avez besoin d’un crédit ou d’un délai pour vendre un autre bien, exigez un compromis classique avec conditions suspensives plutôt qu’une vente directe par réquisition. »

Vente directe par réquisition ou compromis notarié : le comparatif pour sécuriser son achat immobilier
Pour choisir sereinement entre la rédaction d’un avant-contrat complet et le passage direct à l’acte définitif, voici les différences pratiques :
| Critère d’analyse | Passage direct avec réquisition d’instrumenter | Signature préalable d’un compromis de vente |
|---|---|---|
| Délai global de signature | Très rapide (3 à 6 semaines) si toutes les pièces administratives sont prêtes. | Standard (2 à 3 mois), le temps de purger l’offre de prêt et les délais de rétractation. |
| Conditions suspensives d’emprunt | Déconseillé si prêt bancaire : pas de filet protecteur si la banque refuse le crédit. | Protection totale : restitution intégrale du séquestre en cas de refus de prêt. |
| Versement du dépôt de garantie | Aucun séquestre intermédiaire de 5 % ou 10 % bloqué à l’étude ; paiement global le jour J. | Versement habituel d’une indemnité d’immobilisation sur le compte de l’étude. |
| Profil de transaction adapté | Vente de terrain nu, garage, cave, ou achat comptant entre proches ou personnes de confiance. | Vente résidentielle classique avec financement bancaire et travaux prévus. |
Ce tableau met en relief l’atout principal de la formule : un gain de temps appréciable et une simplification administrative, à condition impérative que l’acheteur dispose déjà des fonds sur son compte bancaire sans recourir à un organisme prêteur.
Dans quelles situations précises cette démarche est-elle particulièrement recommandée ?
Renoncer à la signature d’une promesse ou d’un compromis ne convient pas à toutes les transactions immobilières :
- Les ventes de biens modestes ou annexes : pour un box de stationnement fermé, une cave en sous-sol ou une parcelle de terrain non constructible de quelques milliers d’euros, formaliser un avant-contrat alourdit inutilement les formalités.
- Les transactions intrafamiliales ou entre associés : lorsque les deux parties se connaissent parfaitement (cession entre parents et enfants, rachat de parts entre indivisaires), le climat de confiance dispense de clauses suspensives complexes.
- Les achats financés intégralement au comptant : si l’acquéreur n’a pas besoin d’attendre l’accord d’une banque et que le vendeur dispose déjà de tous ses diagnostics techniques à jour, la réquisition d’instrumenter permet de signer l’acte définitif en un temps record.
Dans tous ces cas de figure, l’absence d’intermédiaire financier simplifie le calendrier et permet au notaire d’instruire directement le projet définitif.
Les obligations du notaire face à la demande d’instrumenter
En tant qu’officier public et ministériel titulaire d’une délégation de puissance publique, le notaire a pour mission fondamentale d’assurer la sécurité juridique des actes civils. L’article 3 du décret du 26 novembre 1971 encadrant la profession rappelle qu’il est en principe tenu de prêter son ministère lorsqu’il en est requis par les justiciables.
Toutefois, ce devoir n’est pas aveugle. Le notaire est en droit — et a même l’obligation — de refuser son concours dans des cas strictement délimités par la loi :
- Si l’acte demandé poursuit une finalité manifestement illicite ou contraire à l’ordre public (dissimulation de prix, fraude fiscale).
- Si l’une des parties présente une vulnérabilité évidente ne lui permettant pas de manifester un consentement libre et éclairé sans protection juridique.
- Si la vente met en jeu des intérêts opposés avec ses propres proches ou associés, créant un conflit d’intérêts direct.
En dehors de ces hypothèses exceptionnelles, le notaire sollicité est légalement tenu de rassembler les pièces et de préparer l’acte de vente requis.
Comment s’applique le délai de rétractation légal (loi SRU) en l’absence de compromis ?
Une question essentielle se pose souvent aux acheteurs : passer directement à l’acte authentique fait-il perdre la protection légale des acquéreurs non professionnels ? La réponse est non :
L’article L. 271-1 du Code de la construction et de l’habitation impose un délai de réflexion incompressible de dix jours pour tout achat d’un logement par un particulier. En l’absence d’avant-contrat préalable, ce droit ne disparaît pas : le notaire doit obligatoirement notifier le projet d’acte de vente authentique complet (avec l’ensemble des diagnostics techniques, le dossier de copropriété et les états hypothécaires) à l’acheteur par lettre recommandée avec accusé de réception. L’acquéreur dispose alors de dix jours pleins de réflexion à compter du lendemain de la réception du pli pour examiner les clauses et renoncer sans pénalité. La signature de l’acte définitif ne peut légalement intervenir qu’au terme de ce délai.
Foire Aux Questions (FAQ)
📂 Quels documents faut-il obligatoirement réunir pour lancer la réquisition ?
Le vendeur doit transmettre son titre de propriété original, le dossier de diagnostics techniques complet (DPE, électricité, amiante, plomb), le dernier avis de taxe foncière et, si le bien est en copropriété, le pré-état daté et les trois derniers procès-verbaux d’assemblée générale.
💸 Est-ce que passer par une réquisition d’instrumenter coûte moins cher chez le notaire ?
Non, cela ne réduit pas les frais de notaire. Les émoluments de l’acte authentique et les droits d’enregistrement (taxes de publicité foncière reversées au département et à l’État) sont strictement réglementés par le Code de commerce et restent exactement identiques, avec ou sans compromis.
🛑 Que se passe-t-il si la mairie préempte le bien lors d’une vente directe ?
Comme pour une vente classique, le notaire a l’obligation de déposer une Déclaration d’Intention d’Aliéner (DIA) en mairie si le bien est situé dans une zone soumise au droit de préemption urbain. Si la commune décide d’acheter le bien aux conditions convenues, la vente directe au profit de l’acquéreur initial est caduque.







