Mur de clôture en parpaings présentant de graves fissures horizontales causées par la pression de la terre remblayée par le voisin

Peut-on remblayer sur le mur du voisin ? Règles techniques et Droit de propriété

Lors de l’aménagement d’un jardin en pente ou de la création d’une terrasse surélevée, il est tentant d’utiliser le mur de clôture existant comme appui pour retenir la terre. Après tout, le mur est là, solide, en limite de propriété. Pourquoi ne pas remblayer sur le mur du voisin pour niveler son terrain à moindre frais ? Cette idée, bien que pratique en apparence, est la source d’innombrables conflits de voisinage et de sinistres coûteux. Sur le plan juridique comme sur le plan technique, la réponse est nuancée mais tend fortement vers le non : transformer un simple mur de clôture en mur de soutènement sans l’accord du voisin et sans précautions structurelles est une opération à très haut risque qui peut mener à l’effondrement de l’ouvrage et à une condamnation judiciaire.

Les infos à retenir

  • 🧱 Mur Privatif : Si le mur appartient entièrement à votre voisin, il vous est interdit de vous appuyer dessus (ni terre, ni construction) sans son accord écrit. C’est une atteinte à sa propriété.
  • ⚖️ Mur Mitoyen : Si le mur est mitoyen, vous pouvez théoriquement l’utiliser, mais vous restez responsable de tous les dégâts causés par votre remblai (poussée, humidité).
  • 💥 Risque structurel : Un mur de clôture (parpaing creux de 15/20 cm) n’est pas conçu pour résister à la poussée latérale de la terre. Il risque de fissurer ou de s’effondrer chez le voisin.
  • 💧 L’étanchéité : Adosser de la terre contre un mur crée des problèmes d’humidité (salpêtre, taches) de l’autre côté. Vous êtes responsable du « trouble anormal de voisinage » généré.

Le statut juridique du mur : À qui appartient-il ?

Avant de commander le camion de terre, vous devez déterminer la propriété du mur.

  • Le mur privatif : Si le mur est construit intégralement sur la parcelle du voisin et lui appartient, vous n’avez aucun droit dessus. Vous ne pouvez ni percer, ni peindre, ni adosser de la terre contre sa face. Remblayer contre ce mur revient à utiliser la chose d’autrui sans droit. Le voisin peut exiger en justice le retrait immédiat des terres (remise en état) sous astreinte.
  • Le mur mitoyen : Si le mur est à cheval sur la limite et appartient aux deux, l’article 657 du Code civil vous autorise à y appuyer des ouvrages. Cependant, cette autorisation est conditionnée au fait de ne pas nuire à la solidité du mur ni de causer des dommages au voisin.

Le problème mécanique : Mur de clôture vs Mur de soutènement

C’est là que la réalité physique rattrape le droit. Un mur de séparation classique est généralement fondé superficiellement et monté en parpaings creux ou en briques. Il est calculé pour porter son propre poids et résister au vent.
Si vous ajoutez 60 cm ou 1 mètre de terre contre ce mur, vous exercez une poussée horizontale de plusieurs tonnes, surtout quand la terre est gorgée d’eau (poussée hydrostatique).
Le mur de clôture n’est pas ferraillé pour cela. Résultat : il va « ventrer », se fissurer horizontalement à la base, et finir par basculer chez le voisin.
Si le mur s’effondre à cause de votre remblai, vous êtes 100% responsable de la reconstruction à neuf, même si le mur était vieux.

Coupe technique montrant la construction correcte d'un contre-mur de soutènement avec système de drainage pour retenir les terres sans toucher au mur du voisin

La solution technique : Le contre-mur de soutènement

Si vous devez absolument remblayer en limite de propriété, vous ne devez pas toucher au mur du voisin. Vous devez construire votre propre ouvrage de retenue chez vous.

  1. L’indépendance : Laissez un espace (joint de dilatation) de 2 à 4 cm entre le mur du voisin et votre ouvrage. Interposez une plaque de polystyrène pour éviter que la terre ne tombe dans l’interstice.
  2. La structure : Montez un vrai mur de soutènement (blocs à bancher ferraillés, L en béton préfabriqué, ou gabions) dimensionné pour retenir la hauteur de terre prévue.
  3. L’étanchéité et le drainage : C’est capital. Appliquez un enduit bitumineux et une nappe à excroissance (type Delta MS) sur la face contre terre de votre mur. Installez un drain routier au pied de votre mur pour évacuer l’eau et éviter qu’elle ne s’accumule entre les deux murs ou ne s’infiltre chez le voisin.

L’avis de l’expert : Ingénieur Béton

« Ne sous-estimez jamais la poussée de la terre mouillée. J’ai vu des murs de clôture en parpaings de 20 plier sous seulement 80 cm de terre argileuse. Pour le voisin, c’est la double peine : son mur fissure et il se retrouve avec des taches d’humidité dégueulasses côté crépi. Si vous voulez remblayer, faites-le ‘auto-stable’ : construisez votre propre mur ou faites un talus en pente douce qui s’arrête avant le mur du voisin. »

L’humidité et le trouble de voisinage

Même si le mur tient le coup mécaniquement, le remblai pose un problème d’humidité. La terre humide en contact permanent avec la maçonnerie va transférer l’eau par capillarité. Le crépi du voisin va cloquer, mousser ou se tacher.
La jurisprudence considère cela comme un trouble anormal de voisinage. Le voisin peut vous attaquer pour dégradation esthétique et insalubrité, et obtenir des dommages et intérêts en plus de l’obligation de travaux d’étanchéité (qui nécessiteront de tout déterrer). Mieux vaut faire les choses correctement dès le départ.


Foire Aux Questions (FAQ)

📏 Y a-t-il une hauteur maximale de remblai ?

Oui, consultez le PLU (Plan Local d’Urbanisme) de votre commune. Il limite souvent la modification de l’altimétrie naturelle des sols et la hauteur des ouvrages en limite séparative. Remblayer de 2 mètres sans permis peut être illégal au regard de l’urbanisme, indépendamment du problème avec le voisin.

🌼 Peut-on juste mettre une jardinière contre le mur ?

Si c’est une jardinière en bois ou en plastique posée au sol, oui. Si vous maçonnez une jardinière en utilisant le mur du voisin comme « fond », non (risque d’humidité). Construisez la jardinière avec 4 côtés, indépendante du mur mitoyen ou voisin.

🧱 Que faire si le voisin a remblayé contre MON mur ?

Si vous constatez des fissures ou de l’humidité apparues après son remblaiement, faites constater par un huissier. Envoyez une mise en demeure de réaliser les travaux d’étanchéité et de consolidation nécessaires (souvent la création d’un contre-mur). Sans réaction, saisissez le tribunal judiciaire.

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